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« Yalda, la nuit du pardon », Massoud Bakhshi

Iran, octobre 2020 | Drame

Réalisé par Massoud Bakhshi avec Sadaf Asgari, Behnaz Jafari, Babak Karimi

Résumé : Iran, de nos jours. Maryam, 22 ans, tue accidentellement son mari Nasser, 65 ans. Elle est condamnée à mort. La seule personne qui puisse la sauver est Mona, la fille de Nasser. Il suffirait que Mona accepte de pardonner Maryam en direct devant des millions de spectateurs, lors d’une émission de téléréalité. En Iran cette émission existe, elle a inspiré cette fiction.

Le Yalda, fête persane honorée en Iran marque la nuit la plus longue de l’année et l’occasion pour toutes les familles du pays de se retrouver. Si cette célébration du solstice d’hiver est synonyme de joie et de poésie de Hafez pour des millions de foyers, elle est, dans le dernier film de Massoud Bakhshi le témoin d’un affrontement entre deux femmes dont l’une risque la peine de mort.

Après son premier long métrage « Une famille respectable », présenté au Festival de Cannes en 2012, le réalisateur iranien, revient avec un deuxième film toujours plus centré et observateur de son pays en évolution constante et où la religion très présente fait loi dans la société civile. «Yalda, la nuit du pardon » est un film qui met en confrontation modernité et religion, tout en y insufflant les limites d’une justice régie par la loi islamique.

Le scénario se base sur une version poussée à son extrême d’une émission télé existante  Mah-é Asal (La Lune de miel) suivi avec grand intérêt par la population iranienne et dont le principe est de présenter à l’écran des personnes qui ont commis un crime et qui ont été de justesse gracié par la famille de la victime : les « propriétaires du sang ». C’est le cas de la jeune Myriam qui, accusée d’avoir tué son riche mari trois fois plus âgé qu’elle, peut à travers ce véritable show TV se faire pardonner par la fille du défunt. Cette émission se veut garante et promotrice de valeurs morales, par « les bienfaits divins du pardon » évitant à l’accusée la peine capitale. La notion de « droit du sang » (quesas) côtoie paradoxalement les limites de l’éthique dans la diffusion publique et populaire d’une affaire judiciaire grave, porté par une sollicitation active de l’opinion de millions de téléspectateurs en envoyant « 1 ou 2 par SMS », à savoir si l’accusée mérite ou non le pardon, faisant ainsi jouer la manne financière des sponsors de l’émission. Les jurés sont les téléspectateurs et les avocats, les producteurs de l’émission.

Le film s’ouvre sur une image de modernité. On observe de haut la plus haute tour du pays, la tour Milad, campée au centre de Téhéran et entourée d’interminables lumières de phares de voiture embouteillée. Puis, la caméra nous fera rester pendant presque toute la durée du film très proche de son personnage et nous donne le vertige, car cette proximité nous fait sentir l’angoisse de cette mise en scène.

En caméra subjective, nous n’avons que très peu d’information sur le contexte des événements ainsi que sur les personnages. Nous sommes installés à l’instar des téléspectateurs face à une situation dont nous ne maîtrisons pas tous les aspects, mais où insidieusement, notre cerveau cherche aussi à se prêter au jeu du « qui à tort ou à raison » L’environnement abstrait nous échappe constamment, des détails manquent et ne permet presque pas d’avoir une opinion personnelle sur le sujet même de l’émission.

« Yalda, la nuit du pardon » est un film qu’il ne faut pas percevoir comme un thriller, mais comme une œuvre qui questionne l’évolution d’un pays profondément ancré dans la tradition religieuse, mais aussi régi par les règles d’un système patriarcal, créant ainsi des situations où victimes et accusés ne sont pas de manière si évidente, ceux que l’on croit. Massoud Bakhshi nous permet de voir le personnage de Maryam comme une victime de cette société faites de paradoxes.
L’émission, dont la production veut à tout prix, et quelle que soit la faute commise, pousser à la décision du pardon, nous place dans une réflexion embarrassante sur les intentions morales et mercantiles de l’être humain. Un film délicieusement intriguant tout en étant aussi très déstabilisant.


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